Jour imprévu, jour de bonheur

Type de récit ou nouvelle : 

   Un soir, je m’apprête à partir pour mon rendez-vous amical. Puisqu’il faut bien se vêtir pour plaire à l’autre si chère à soi ; au contraire, je vais être un objet de risée. Un sujet de rire ?

   Le jour boude, c’est l’été, il ne veut pas se coucher. On dirait qu’il ne souhaite pas me laisser le choix. Enfin le soir arrive et souffle cette brune.
Je sors de ma douche, le pied droit posé sur un filet de gel douche que ma maladresse a dû laisser échapper. Malgré ma clameur, soixante-dix kilos de poids me renversent le front sur le mur. Une ampoule couleur rouge pomme illumine alors mon visage. Elle éclaire mon imprudence ou peut-être mon impatience d'aller à ce rendez-vous. Ah ! Ça m’énerve.
Je glisse mon pied dans le tube du pantalon et l’autre fait, je sors excité pour mon entrevue. L’hématome sur mon front, je l’oublie déjà...

   Dans les rues, on dirait  que les gens déambulent dans tous les sens. Mais bon, ça ne me regarde pas, je poursuis vers mon rendez-vous. J’ai la vague impression que les gens m’observent. Ne se sont-ils pas mirés chez eux, pour venir découvrir leurs défauts dans mes yeux ? Un sourire moqueur s’échappe de mon cœur et  enlaidit encore mon visage.

Les visages ronds, ovales, carrés, rectangulaires, presque triangulaires, tous me déploient quasi le même sourire moqueur que je leur envoie. Que se passe-t-il ? J’ai presque oublié la couleur de l’ampoule qui attire les yeux sur ma face. Ça y est, je me rappelle : j’ai un hématome.

   Tout pressé que je suis, je me retourne pour attraper le transport en commun. Mon front heurte la vitre de l’arrêt de bus. Comme elle est transparente, je n’ai pas vu l’obstacle. Au fait qui l’a inventé ? J’arrête de m’énerver. Ceux qui sont de l’autre côté de la vitre n’ont eu nul besoin de venir voir. L’hématome a pris forme de plaie. Comme si la bosse de sang devant mon front ne suffisait pas. Les courtois viennent étancher les quelques gouttes de trop qui exsudent de mon mal : 

« Merci ça va aller, encore merci ! ». 

   Le bus imite le serpent, avenue après avenue ; il me vomit à mon arrêt. L'obscurité est tombée, mascara, grain de beauté, la nuit est en beauté.

   « Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
    — Tu sais quand l’amour quitte le cœur, il vient sur le front.
    — Ah ! Tu es drôle, allez qu’est-ce qui s’est passé ?
    — C’est quand... 
    — Attention !, dit ma petite-amie. »

   Je n’ai pas eu le temps de répondre, que ce rigolo de serveur me fait payer l’addition, en me faisant consommer la douleur. Par maladresse, il vient de me frapper avec le plateau sur le front.

   « Tu ne peux pas rester comme ça ! On va aux urgences. »

  Le médecin urgentiste m’examine. Par manque d'attention, un sachet de sac poubelle le fait glisser. Il n’a pas choisi un autre endroit pour tomber, comme un poteau, droit sur moi. Mon front s’ouvre à nouveau, mon Dieu c'est quoi ce drôle de jour ?

  La nuit monte l'échelle du temps et, finalement, ma nouvelle petite-amie et moi on l'a suivie ; et j’ai, malgré tout, par ces circonstances mérité l’amour. Comme quoi, si certains jours l'imprévu frappe à la porte, il n'est pas là que pour le mal ; mais si l'on a la patience, il amènerait aussi le bonheur.

YÄH

Date de création : 

Samedi 15 octobre 2016 - 0:15
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